Voix d’un entraîneur d’escalade

Swan Del Corso est entraîneur depuis plus de 10 ans, il officie entre autres au sein de l’association Roc Alpille à Saint Rémy de Provence. Cet enfant du pays nous parle de sa passion, de son expérience et de ce sport qu’il pratique et enseigne en milieu naturel. En effet, une grande partie des cours d’escalade que prodigue Swan au sein de l’association se déroule dans le site de Valampe à Saint Rémy.

Par: - Spond
Dernière mise à jour: 2020-01-30T08:42:51.0000000Z

Bonjour, est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours ?

Bonjour, j’ai commencé l’escalade en 5ème, soit vers l’âge de 11 ans ce qui peut sembler un début tardif, puisqu’aujourd’hui il est possible de débuter dès 6 ans. À l’époque, l’escale était plutôt un sport pour adulte et n’avait pas la notoriété dont ce sport dispose à l’heure actuelle. Pour l’époque, cette activité était assez atypique surtout pour les jeunes. Mes débuts se sont réalisés au collège avec mon professeur d’EPS qui était un passionné de cette discipline et qui m’a donc inscrit au programme. J’ai dès le début accroché avec ce sport nature et intense. C’est aux alentours de 1998, que j’ai rencontré Arald qui était responsable de promouvoir l’escalade sur la commune de Saint Rémy, il s’est aussi impliqué pour que ce sport se développe dans les écoles. Je me suis énormément impliqué dans l’installation de ce sport dans la région en parallèle de mes études d’ingénieurs. Un peu plus tard, j’ai décroché un poste dans des bureaux, mais cela ne me correspondait pas et en 2009 j’ai décidé de franchir le pas et de devenir entraineur. J’ai donc fait un virage à 180°C et j’ai passé mon diplôme. 


Justement, quelle formation est nécessaire pour devenir entraineur d’escalade en milieu naturel ?

Depuis que je suis devenu entraîneur, il y a eu pas mal de changements de ce côté-là. À l’époque où j’ai décidé de devenir entraineur d’escalade, j’ai dû passer un BEES niveau 1 qui se passait entre 1 et 2 ans. C’est le niveau juste en dessous du diplôme de guide de haute montagne. Aujourd’hui, ce diplôme n’existe plus, plusieurs possibilités sont offertes aux jeunes pour devenir prof d’escalade comme le DE escalade qui est nécessaire pour enseigner dans une salle, le DE JEPS escalade en milieux naturels et le DEJEPS canyonisme. Il faut environ trois ans pour passer l’ensemble des diplômes et pouvoir donc encadrer des groupes en extérieur.

Tu nous parles de la volonté de la commune de Saint Rémy de proposer des cours dans les écoles. Donc ici tous les enfants peuvent essayer cette discipline ?

Effectivement, ici toutes les tranches d’âges pourront tester l’escalade sur une durée plus ou moins longue selon les disponibilités des entraineurs. C’est quelque chose de tout à fait commun. Mais cette action va de paire avec la démocratisation du sport en lui-même. Aujourd’hui, il est presque impensable de construire un gymnase sans y prévoir un mur d’escalade. Depuis le début des années 2000, l’escalade a connu un boum immense et il a donc fallu répondre à la demande croissante des personnes intéressées.

Et cette initiative est-elle répandue en France ou c’est spécifique à Saint Rémy de Provence ?

Je ne sais pas si partout en France de telles possibilités ont été mises en œuvre, mais la démocratisation de l’escalade s’est effectuée partout. La preuve en est au nombre de salles qui émergent régulièrement un peu partout.

Alors justement, des salles ouvrent un peu partout, l’escalade fait son entrée aux jeux Olympiques mais qu’en est-il de l’escalade de plein air ?

Concrètement, il existe deux écoles et deux fédérations d’escalade. Si effectivement, l’une a beaucoup travaillé pour valoriser l’arrivée de l’escalade auxJeux Olympiques et les salles, ce qui est en demi teinte car beaucoup de nouveaux adhérents considèrent plus l’escalade comme une séance de musculation et oublient le côté nature de la discipline. Personnellement si cela ne tenait qu’à moi les cours ne se dérouleraient qu’en extérieur avec des initiations au respect de l’environnement et de connaissances sur ce qui nous entoure. Mais faire connaitre ce sport extrême par différentes facettes est aussi important. Cependant, on constate que l’affluence dans les salles est prisée mais que peu de grimpeurs viennent vers nous pour monter en nature.

D’après toi l’escalade est un sport qui peut correspondre à quel public ?

Je pense que l’escalade peut convenir à tous les publics entre 6 et 65 ans en moyenne qui aiment se dépasser, être en contact avec l’extérieur et qui sont à l’aise avec le fait de se mouvoir.

 

Est-ce que tu as des conseils à donner aux jeunes entraîneurs d’escalade qui débutent ?

En fait, je pense que pour enseigner l’escalade il faut surtout y aller au feeling, il n’y a pas de méthode magique. Par exemple dans mon cas, sur la journée du mercredi j’ai des enfants de 6 jusqu’à 17 ans donc j’essaye d’alterner un maximum les exercices d’un groupe à un autre pour réussir à intéresser tous les niveaux. Après j’alterne entre moment détente et moment où il faut être sérieux. La sécurité pour moi n’est pas un point à prendre à la légère, je suis donc très pointilleux sur ce sujet. Lorsque l’on est deux sur un cours et que je dois aborder une notion difficile mais indispensable, j’essaye de séparer le groupe pour me concentrer sur l’enseignement. Ce n’est pas un moment où il faut rire ou faire le fou. Par contre le reste du temps, je ne vois pas l’intérêt d’être trop strict et au contraire c’est agréable d’échanger sur le ton de la plaisanterie et d’avoir une interaction sans prise de tête.

Il faut aussi reconnaitre que chaque tranche d’âge a ses spécificités.

Qui dit entrainer des enfants dit forcément avoir affaire aux parents. Est-ce que c’est compliqué ?

En escalade, il y a une particularité. Le facteur risque. Donc concrètement, soit les parents nous font confiance soit ils ne le font pas et ne mettent pas leur enfant. Personnellement, je n’ai jamais eu de problème marquant avec des parents trop envahissants, et contrairement à beaucoup de sports, si les parents souhaitent rester je les laisse regarder. Je comprends qu’ils aient besoin d’être rassurés et de voir de leurs yeux ce que leurs enfants font et bien entendu s’ils sont en sécurité.

D’après toi, quelles sont les qualités que doit avoir un bon entraineur d’escalade de plein air ?

Je pense qu’il faut bien entendu être passionné par l’escalade, mais aussi être ouvert à rencontrer les différents types de publics que ce soit les enfants ou les adultes. Il est aussi important d’être intuitif.

Si tu devais citer trois valeurs de l’escalade ?

Pour moi l’escalade développe le sens de la responsabilité, dès 6 ans les enfants doivent assurer leur binôme avec une corde, ils doivent s’assurer de la sécurité de quelqu’un et c’est très important. On développe aussi la confiance en soi et enfin il existe dans l’escalade de plein air un rapprochement avec la nature très fort. 

 

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